PONT MIRABEAU

J'ai cessé de compter les années qui nous séparent de la première poignée de main que nous avons échangée par un matin d'avril pluvieux. C'est trop vieux, c'est trop loin. J'ai cessé d'attendre de lui un coup de fil, un mail, un sms pour mettre en forme nos rendez-vous. J'ai pourtant gardé au fond de moi des souvenirs vivaces comme ce jour d'automne, dans une vie lointaine, où il m'a prise en chasse en voiture et m'a forcée à me rabattre sur le bas côté du Pont Mirabeau... Dans mon rétroviseur, je ne l'avais pas reconnu. A présent, à chaque fois, que je franchis ce pont, je souris... Je le revois jaillir de son véhicule ravi de sa bonne farce, pourtant... il venait d'entrer dans sa période "off"... Je me souviens avoir tout de suite perçu son malaise et cette légère fissure en train de devenir crevasse...

Ensemble, nous avons traversé pas mal de ponts entre deux rives. Rive droite, rive gauche, lui et moi, on connait... Cette amitié sur laquelle certains, autrefois, n'auraient pas parié un kopek a fait couler beaucoup d'encre et de salive acide. Oui, n'en déplaise à certains, sous le Pont Mirabeau coule toujours la Seine... et, envers et contre tout, nous sommes restés amis.

Hier, alors que j'avais le coeur et le moral à marée basse, noyés dans la grisaille de Paris, il est apparu... Il s'est pointé sans crier gare et alors, qu'il garait sa moto sur le trottoir en face, le ciel au-dessus de la rue s'est déchiré en lanières bleues... Nous sommes allés au bistrot nous asseoir et radoter sur nos vieux souvenirs. Cette petite heure passée avec lui a changé la donne. J'ai repris des forces et je me suis remise à aimer la vie... L'amitié est un bien si précieux, si rare...

... Rare et toute aussi précieuse que ce lien amical et virtuel tissé avec un blogueur ami que j'avais depuis quelques mois perdu de vue. Exilé, lui aussi... Non, pas en Russie mais, en Bretagne. Hier, il m'a adressé ses voeux dans un commentaire dans le billet ci-dessous. Mine de rien... Quel plaisir d'avoir de ses nouvelles. Il fait partie de mes plus vieux lecteurs de blogs. Cinq ans déjà, que par un beau matin, il est entré dans ma vie par la fenêtre d'un commentaire en écrivant ceci "non, ne partez pas déjà, nous n'avons pas eu le temps de faire connaissance..."

Et pendant que sous le Pont Mirabeau coule la Seine, contre toute attente, j'ai aimé ce lundi !