Ce matin, il neige à gros flocons et j'ai le coeur à marée basse, au bord de l'écoeurement. Je suis en panne de cet optimisme qui m'a toujours poussée à aller de l'avant et pire, en panne d'inspiration... Je déteste la vie que je mène depuis environ un an. Je m'en veux d'avoir quitté cette belle maison sise à l'orée d'un village d'à peine 200 âmes en Brie Champenoise, là où la neige, quand elle tombe, prend une bien plus noble dimension.

Hier, je suis restée prisonnière de mon grand appartement tout confort mué en bunker de béton puisqu'un un imbécile s'est engagé, de nuit, dans la rampe du parking pentue, enneigée et verglacée. La porte d'accès au sous sol emboutie, je n'ai pu sortir ma voiture à l'air libre qu'en fin d'après-midi quand une poignée de copropritétaires passablement excédés ont réussi à arracher le pan de métal de ses gonds !

Un samedi en miroir d'une semaine très maussade. Pour ne pas sombrer dans le désespoir et les larmes, je me suis échappée dans les couloirs du temps via ces vidéos postées sur la toile, il y a deux ans. J'ai le plaisir de vous présenter celui que j'avais surnommé Bénénuts en raison de son addiction aux noix et aux noisettes qu'il dénichait à foison dans le grand jardin de la maison.

Il me manque ce drôle de petit animal qui m'a séduite et apprivoisée et, non l'inverse. Il a mis des mois et j'avais appris à la guetter, immobile, silencieuse et en apnée pour le laisser approcher. On m'a expliqué au village que les écureuils sont très sociables. Ils se repèrent aux hormones contenues dans notre sueur pour savoir si nous sommes dignes de leur amitié... Mon odeur a du lui plaire car j'en ai eu des cabrioles. Lorsque j'étais à la maison, depuis la fenêtre de ma cuisine, je guettais sa venue. Il déboulait depuis le fond du jardin. On a supposé qu'il "résidait" dans le clocher de l'église proche en compagnie des chauve-souris. Pour ne rien perdre de sa parade ou de sa gymnastique matinale, je circulais dans la maison, l'APN au fond de la poche... Ca se comprend.

Quant un beau jour, il s'est enhardit jusqu'à venir me piquer les galettes bretonnes de mon goûter... aucune autre friandise que j'aurais posée à son intention. Non, seulement les gâteaux made in Breizh... Ils ont bon goût les écureuils. Pour lui, pour le plaisir de le sentir proche, je suis devenue sado-maso car peu avant que je ne quitte cette jolie maison en rase campagne, il me sautait sur l'épaule par surprise dévalant du grand mélèze ou d'un tilleur séculaire. Et croyez-moi c'est vachement griffu ces petites boules de poils roux ! C'était son salut, son "poke", sa façon de me manifester son amitié.

Avant moi, dans cette grande maison a vécu Feu Germaine, ainis nommée au village, jusqu'à ses 103 ans, vaillante et non dépendante sans téléphone, ni télévision. 30 Millions d'amis se jouait dans son jardin, par la fenêtre non cathodique de sa cuisine. Nul besoin des séries et des navets à l'écran pour se passer le temps... Je la comprends. Hier, en regardant ces vidéos et en montant le son pour entendre le chant des oiseaux en toile de fond, j'ai pris la décision de déménager dès le printemps !